Compagnie DU CHEMIN DE FER DE PARIS A LYON, 34, rue de la Victoire. Paris, le 13 mai 1847 Mon cher Collègue Je n'ai pas répondu de suite à votre breve[?] lettre du 6 Ce parceque je voulais confirmer mes propres souvenirs par l'opinion de plusieurs amis ayant quitté depuis peu l'Egypte, afin de vous dire plus précisement[?] ma pensée sur la demande pour frais[?] premature qui vous adresse votre chef de Brigade. C'est à 10f par jour qu'on est logé et nourri dans les[?] meilleurs hotels d'Alexandrie, ceci comprend le service des domestiques, et lorsqu'on reste quelque temps et qu'on est plusieurs on obtient même facilement une diminution sur ce prix. J'ajoute que durant les travaux qui se feront à la mer ou sur la côte la dépense de vivres sera certainement très minime, pourvu que l'approvisionnement soit fait judicieusement. Je trouve donc, comme vous, que le chiffre de 25f par jour, pour tous les membres de la brigade est un peu exagéré et ne serait explicable que pour le chef tout au plus. Au reste cette demande de M(onsieur) Jassnuger ne parait tenir à l'ignorance où il est encore au pays, et de la manière dont on peut et doit y vivre. Je crois par exemple qu'il est dans une erreur complète(en termes généraux) sur l'utilité des bains très fréquents, pris par des Européens qui arrivent en pays chauds. C'est très bien quand ou est acclimaté, mais c'est très mal, je crois, pour s'acclimater. Vous avez recommandé a vos hommes l'économie et vous avez confiance en eux; je suis donc certain qu'ils reviendront eux mêmes sur le premier chiffre demandé, lors qu'ils auront eu le temps d'en apprécier pour eux mêmes l'exagération. J'avais reçu directement des nouvelles de l'entrevue de ces messieurs avec le Pacha; cela s'est bien passé. J'espère que les travaux d'éxploration sont largement commencés en ce moment. Vous ne me dites rien sur les nouveaux prochains besoins d'argent que signale M(onsieur) Jassnuger, je crois cependant, d'après sa lettre, qui vous aurez bientôt à m'écrire à ce sujet; j'écrirais de suite à M(essieurs) Briggs de tenir à sa diposition la somme que Vous m'indiquerez. Le Tunis[?] a publié ces jours ci un méchant article contre le canal. Cela vient sans doute en Waghorn ou de la Societé du transit. notre collègue Arles qui est à Londres m'écrit que Stephenson s'est de nouveau formellement engagé à être prêt le 4(Octo)bre et à s'embarquer le 15 à Marseille avec Paulin Talabot qui sera prêt égalament. Talabot espère recevoir prochainement de Vous les instructions que vous avez remisés à votre chef de brigade et que Vous lui avez promis de lui communiquer à Londres, outre le père Stephenson et M(onsieu)r Hudson qui font partie du groupe, M(onsieu)r Ricardo y a été adjoint, mais les autres personnes pour completer le group ne sont pas encore désignées. Ici nos affaires de Chemin de fer, et en général toutes les affaires, sont dans une situation assez inquiétante qui nécessitera des solutions prochaines et importantes dont chacun se préoccupe vivement. Vous qui êtes dans le pays de l'ordre, vous devez prendre un peu en pitié le gâchét où nous barbottons si profondément et qui serait desolant si ce n'était pas un passage obligé pour atteindre nous aussi, à l'ordre Dans l'attente d'une prochaine lettre de Vous, cher collègue Je vous serre bien affectueusement la main P Enfantin Après cette lettre d'affaire, il me tarde de me faire compliment pour l'heureuse nouvelle dont vous me faites part. Je vous en félicite du fond du coeur. Vous méritez si bien de rencontrer le bonheur dans la famille. Vous m'avez tellement touché quand vous m'avez parlé de Votre père& de Votre mère, que je me rejouis du lien que vous allez former. Cette année où vous mettez la main à l'oeuvre de Suez, vous vous mariez; c'est double signe de bonheur. P E Monsieur L(ouis) Negrelli conseiller impérial Inspect(eu)r g(énér)al des Chemins de fer de l'Etat Vienne Autriche