SOCIETÉ D'ÉTUDES du CANAL DE SUEZ. Rue de la Victoire, 34. Paris le 11(Septem)bre 1847. Cher collègue J'avais bien reçu en son temps la lettre du 4 août par laquelle vous me remettiez le plan de rattachement des travaux de Votre brigade, mais vous m'annonciez que vous alliez m'envoyer, après copie les plans et feuilles de nivellements et sondages. J'ai eu tort de compter sur la prompte execution de ce long travail et de ne pas vous accuser immédiatement reception de votre lettre. Dufour m'écrit que vous avez été inquiet et pensé de mon silence, je vous en demande pardon. J'attendais aussi de pouvoir vous annoncer positivement le départ de la Brigade française, elle est partie de Marseille le(courant), sous les ordres de M(onsieur) Bourdaloue, composée de M(onsieur) Ponget ingenieur en chef, de six geomètres ou niveleurs et de trois porte-mires & précedée de dix jours par M(onsieur) Bruneau et mon fils qui doivent faire tous les préparatifs pour que la Brigade puisse entrer de suite en Campagne. Au reste M(onsieur) Talabot a du vous envoyer copie de ses instructions et vous proposer de remettre en(decem)bre Votre départ commun avec M(onsieur) Stephenson. J'espère que cette remise pourra s'accorder avec vos travaux considérables qui sont sans doute grandement ralentis en hiver. Pour une affaire aussi importante, malgré la difficulté qu'il y a à reunir dans un même moment trois ingénieurs aussi occupés qui vous l'êtes, cette réunion est tellement indispensable et d'un si bel exemple qu'il faut tout faire pour la [réaliser]. Vous savez combien la situation des chemins de fer en France et en Angleterre est difficile pour les hommes qui en ont la haute direction financière aussi bien que la direction comme ingénieur,malgré tous les efforts faits par Talabot et Stephenson pour être libres en(octo)bre ou(novem)bre il leur a fallu, bien a regret vous proposer cette modification(bien minime toutefois) à l'arrangement primitif. Je sais par Dufour qui vous avez été [pressé] de notre long silence à cet égard, mais encore une fois, les circonstances financières actuelles vous feront j'espère comprendre et excuser ce retard de quelques mois, dans une affaire à laquelle personne au monde ne peut attacher plus de prix que mes amis et moi et pour laquelle aucune peine, aucun sacrifice ne m'a fait reculer moi, personnellement, depuis quinze ans. Veuillez donc croire a l'avenir, cher Collègue, s'il se presentait encore quelques motifs pour vous de trouver votre marche lente ou obscure, qu'il n'y a de notre part nulle négligence, nul dégout surtout d'une entreprise qui est notre plus cher espoir, et que ce que nous ne faisons pas, c'est que nous nepouvonspas le faire. Recevez, cher Collègue, la nouvelle assurance de mon bien entier et affectueux dévouement. P. Enfantin Monsieur Monsieur Louis Negrelli Conseiller Impérial Ingenieur des Chemins de fer de l'Etat Vienne Autriche