Lettre confidentielle, tout-à-fait particulière et réservée à Monsieur By. de St-Hilaire, pour lui seul. Trieste, 19 8bre 1858 Très-honorable Monsieur et Ami, Je sens le besoin d'un sincère épanchement de mon coeur envers vous, Monsieur et Ami, au sujet de l'affaire de l'Isthme. Il est déjà quelque temps que je sens ce besoins; j'y ai résisté, autant que possible parceque j'ai de M. DE LESSEPS une estime, une considération, enfin une opinion sans bornes; - mais aujourd' hui je ne puis plus y tenir. La lettre du 16 courant de cet ami, la circulaire, et les autres pièces y jointes, sont de nature à me donner de sérieuses appréhensions; je crains que par un zèle outré, on risque de tout gâter. Ayez donc la bonté de m'écouter, vous qui êtes si clairvoyent, et dont la manière de voir a toujours eu une sympathie particulière avec la mienne. Pour éviter de répétitions je me réfère avant tout principalement à mes lettres du 27 7bre et 5 courant. Dans celles-là je vous faisais voir les considérations de nos Ministres, et de quel- ques puissences financières avec lesquelles j'ai eu occasion de m'entretenir à la Capitale. Vous y aurez observé de grandes difficultés mes réflexions exigeaient au moins, je le pense, une réponse catégorique de la part de M. de LESSEPS - je l'ai même réclamée par ma seconde lettre, pour recevoir de lui quelque encouragement, quelque appuy, quelque contre-considération pour la soumettre aux Ministres, et pour faire tous mes efforts à chercher de modifier leurs opinions: Rien de tout cela. Je recois de circulaires imprimées indistinctement comme pour tout le monde, dans lesquelles je vois qu'on veut à vive force marcher en avant, demander les souscriptions, et maintenant jusqu'à exigerunversementde10%! sans se soucier aucunement des deux grands points cardinaux qui préoccupent tout le monde: le manque de l'approbation du sultan, si explicitement exigée, même dans la concession du Vice-Roi d'Egypte du 30 Novembre 1854 et 5 Janvier 1856, et l'opposition anglaise! Insister sur les souscriptions, et aller jusqu'à exiger un versement contemporané pas indifférent, sans me donner pas un môt d'ordre capable à tranquilliser les esprits sur les deux points ci dessus mentionnés, et qui sont les premiers qui spontanément se présentent sur les lèvres du souscripteur le mieux intentionné, mais celà, excuser, mon cher Ami, c'est prétendre précisement l'impossible; au moins, quant à moi, je me trouve comme un navire sans gouvernail, d'autant plus, que dans cet état de choses, je ne puis pas compter sur l'appuy de mon Gouvernement, auprès duquel je vais avoir indirectement la tache qu'avait feu de NEGRELLI; il aurait fallu se ménager quelque resource de ce coté la, afin qu'en bonne conscience j'eusse pu annimer mes nombreux amis, sur ma parole, à signer la sous si vous lui en parler, ne lui dites rien qui puisse lui être désagréable; mais ce qui m'importe c'est, que vous m'aidiez de vos lumières, de vos conseils et avec la même sincérité comme j'en use où abuse envers moi, et que vous croyez a toujours pour toute ma vie aux sentiments de la plus profonde estime et de la plus haute considération avec lesquelles j'ai l'honneur d'être Votre très dévoue P. REVOLTELLA Monsieur By. de St-Hilaire PARIS Comme je voss ai dit dans ma lettre ci-jointe, tout le contenu de la présente ne change aucunement ni mes démarches, ni ma résolution de me rendre à Paris dans la première moitié de Novembre; mais je sens le besoin de recevoir au plus tôt une réponse confidentielle de votre part sur ce que je viens de vous écrire DE recheffe: REVOLTELLA.