Chemin de Fer DE MARSEILLE A AVIGNON. Direction. Nimes le 3 Janvier 1848 Mon cher collègue J’ai reçu votre lettre du 8(Decem)bre d(erni)er et j’ai attendu pour y répondre, l'arrivée de ma brigade annoncée pour la fin de(Decem)bre. M(onsieur) Bourdaloue est arrivé le 29 à Marseille, il sort de quarantaine aujourd'hui et je compte le voir demain à Marseille d’où j’arrive, il y a deux jours, et où je vais retourner immédiatement. Je n’ai pas encore vu le travail de la brigade, travail qui d’ailleurs n’est pas encore rapporté, mais ce que j'en sais est suffisant pour me démontrer que les idées de M(onsieur) Linant ne sont pas réalisables telles qu'il les avait conçues et que le projet doit être gravement modifié. La tranchée à pratiquer dans l'isthme ne Negrelli Inspecteur de la direction générale des chemins de fer de l'état présente pas de difficultés bien sérieuses, mais il est indubitable que les deux mers sont de niveau et que la seule différence de hauteur dont on puisse profiter est celle de la marée de la mer rouge. M(onsieu)r Linant désire beaucoup que le résultat reste secret quelque tem[p]s encore; je vous engage donc à le garder pour vous. Je vous enverrai des que je les aurai, des copies du travail de la brigade et nous aurons alors a réfléchir longuement et murement sur les difficultés que présente cette question. Dans cet état de choses notre voyage en Egypte serait tout à fait prémature et il me paraît indispensable qu’avant de le faire nous soyons d’accord sur les bases d'un nouveau projet. Si à cette considération qui me paraît décisive, vous ajoutez que nous devons perdre l'espoir d'avoir M(onsieur) Stephenson avec nous, si nous nous mettons en route avant le mois d'(Octo)bre prochain, vous arriverez certainement à la conclusion à la quelle nous nous sommes arrêtés M(onsieur) Stephenson et moi, c'est que le voyage doit être renvoyé au mois d'(Octo)bre. Cela me paraît d’autant plus nécessaire que bien loin, comme vous le supposez par erreur, de croire qu'il n'y a pas d'inconvénient à ce que nous allions isolément en Egypte, je suis profondément convaincu que l’effet moral et, en très grande partie, l’effet utile de ce voyage seraient entièrement perdus pour nous, si nous nous séparions. Toutes les difficultés sont du côté de l’Angleterre, si nous allons en Egypte sans M(onsieur) Stephenson, ce sera pour tout le monde comme si l’Angleterre s’était détachée de nous. Rien, à mon avis, ne serait plus dangereux; ajoutons à cela que comme dépense pour la société et comme agrément pour nous tous il y a un très grand avantage au voyage simultanée et, Je n’en doute pas, vous partagerez notre avis. s’il en est ainsi, si, comme je n'en doute pas, vous consentez à ajourner au mois d'(Octo)bre prochain notre voyage et à vous joindre à nous à cette époque, je serai ensorte de vous faire parvenir, le plus promptement qu'il se pourra, les plans et nivellements de ma brigade et nous aurons à nous concerter par correspondance sur les bases du nouveau projet. Recevez, Mon cher Collègue, l'assurance de mes sentimens les plus dévoues et les plus affectueux L’Ingénieur en chef des Ponts et chaussée, Directeur du chemin de fer de Marseille à Avignon P Talabot