Paris, Rue Richepance 9 16 Avril 1856. Très cher et très honorable ami, En l'absence de M(onsieur) de Lesseps, qui est parti Dimanche soir pour Londres, je réponds à Votre lettre du 12. J'ai vu hier Monsieur le Comte de Buol pour lui rendre compte d'une conversation très importante que Monsieur de Lesseps avait eue quelques heures avant son départ avec Lord Clarendon, au quel il allait faire part du but de son voyage en Angleterre. Lord Clarendon lui a déclaré qu'au point de vue anglais et de l’interêt commercial, il regardait notre entreprise comme immensément utile, en qu'elle était en parfait accord avec les principes libéraux dont est animé le Cabinet Anglais. Monsieur de Lesseps, frappé de ce changement si heureux de langage, a demandé à Lord Clarendon s'il l'autorisait à répéter cette déclaration en Angleterre où on ne manquerait pas de l'interroger; Lord Clarendon l'y a hautement autorisé, protestant contre les insinuations de journaux français qui [arculent] douté de son libéralisme dans cette occasion. Le seul scrupule qui reste à la politique anglaise, c'est la crainte de voir la Porte prendre ombrage de l'aggrandissement de son vassal et de voir [Africa] viser à une indépendance qui serait contraire au traité de 1841. Si c'est là le terrain où se réfugie le Cabinet Anglais, vous voyez, très cher et très honorable ami, qu'il sera faute de l'y battre. La Porte, [secourue] s'activement dans la guerre par le dévouement de son vassal, n'a pas les craintes qu'on lui suppose et elle désire vivement le canal de Suez dont les troubles [aitres] de l'Arabie lui font ecore mieux apprécie l'utilité. C'est Lord Strattford de Redcliffe qui représente les chose sas de fausses [contens], que votre ambassadeur à Constantinople devrait bien rectifier deconcert avec le nôtre. Vous pouvez tenir pour certain que la Porte est toujours parfaitement disposée. Voilà tout ce que j'ai dit à M(onsieur) le comte de Buol qui m'a [remuneré] de cette communication. Lui même avait eu ces jours derniers une conversation analogue avec Lord Clarendon, sans doute par suite de la dépêche télégraphique venue de Vienne. Lord Clarendon avait dit a pupris tout ce qu'il a répété à monsieur de Lesseps. Seulement il avait été [un] moins affirmatif, et il n'avait pas également précisé le point sur le quel portaient les craintes politiques de l'Angleterre, c'est à dire les rapports de l'Egypte avec la Porte. D'après cette conversation qui doit avoir eu lieu Samedi ou Vendredi; M(onsieur) de Buol avait cru devoir s'abstenir d'aller plus loin et la question ne lui paraissant pas encore tout à fait mûre pour l'introduire. D'après ce qu'il y avait dit à monsieur Thiers qui m'avait promis des parler à Lord Clarendon, M(onsieur) Thiers s'est abstenu également, et la [confiance] va finir sans qu'il y ait été question de nous. Je le regrette et je ne suis pas sûr qu'on ne pût aller peut être un peu plus loin sans danger. Nous allons maintenant agir en Angleterre par la pression de l’opinion publique, comme nous l'a conseillé Monsieur de Buol avec grande raison. J'ai fait à la Revue d'Edimbourg une réponse que vous verrez sans peu, Connaissez vous son article? Fourriez vru aussi ni indiquer de bons correspondants paremi les Journalistes allemands? J'ai pris bonne note de votre recommandation pour votre ami monsieur Escher-Hess de Zurich. Je ne vois pas que nous ayons encore d'agent en Suisse. Mais par les 450 action le sera bien difficile; car nous avons dejà deux fois plus de demandes qu'il ne nous en faut. Je saisis cette occasion, très cher et très honorable ami, de vous féliciter et de Votre paternité nouvelle que Vous envie Monsieur Conrad, et de Votre nouvel avancement. Soyez assez bon dans votre correspondence avec ces Messieurs de la commission de Prusse le plus possible le grand rapport, qu’il serait bien urgent de publier. Les procès verbaux vont enfin paraître; mais cela ne suffit pas. Monsieur Mac Clean a fait merveille en Angleterre il a vu Lord Palmerston qu'il a fort ébrouilé et qui a dû réagir sur Lord Clarendon. Il a dû se voir aujourd'hui ou [lier] le premier ministre en compagnie de Monsieur de Lesseps. En résumé tout va bien et bon courage, nos gens d'Egypte ne sont pas non plus très actifs. Les observations de marée sont faites et bien faites à Suez à ce que nous apprend M(onsieur) Linant Bey; mais il ne les a pas envoyées par ce courrier. Bien des amitiés sincères. Votre tout devoué B(arthelem)y St Hilaire P. S. J'ai reçu ce matin une lettre de M(onsieur) de Lesseps datée de Londres Lundi. Il doit voir le matin Lord Palmerston en compagnie de M(onsieur) Mac Clean M(onsieur) Elliée l'ancien ministre de la guerre qu'il a vu, hors John Russell et les membres les plus influants des communes sont d'accord que le Gouvernement anglais ne doit en rien s'opposer à l'ouverture de l'Isthme de Suez. Les directeurs de la C(ompagn)ie des Indes le pensent également. M(onsieur) le Comte de Cavour que je quitte, part demain pour Londres, et il ma promis de parler de notre affaire à Lord Palmerston. Ainsi tout va de mieux en mieux. A-t-on donné des instructions à votre ambassadeur à Londres?