Constatinople 10 avril 1878. Mon cher ami, après avoir signalé en Angleterre les menaces employées par les agens Britanniques pour violenter la Porte, j’ai dû signaler à Aali Pacha et constater par écrit les véritables motifs de la persistance de l’opposition anglaise. Je vous envoie copie de ma lettre au Grand vezir. Les ministres turcs continuent à donner à M(onsieu)r Thourence et à moi les assurances les plus formelles, qu’ils soient sincères, ou non cela m’est égal; nous prenons acte de leurs déclaration et nous agirons en conséquence. Les arguments de M(onsieu)r d'Israeli sont pitoyables: Lorsque l'on donne des raisons si miserables et si honteuses à l’appui d’une mauvaise cause, ceux qui soutiennent la bonne cause doivent Mr de Negrelli de Moldelbe Copie Constantinople 4 Avril 1858. A S(on) A(ltesse) A'ali-Pacha Le dernier courrier m'a apporté une lettre de Londres en date du 23 qui continue à me rendre compte des progrès faits dans l'opinion du Parlement sur la question de Suez. Pour aider au travail de préparation qui se poursuivra jusqu'à la réouverture du Parlement, j'ai écrit à M(onsieu)r Lang une lettre dont je communique à V(otre) A(ltesse) un extrait. Cette lettre met à un une situation dans laquelle les Anglais pour leur honneur, ne peuvent point rester. Il me paraît uitile, afin de contribuer à éclairer V(otre) A(ltesse) dans les décisions qu'elle est appelée à prendre de lui faire connaître toute ma pensée, et, à cette occasion je me permets de lui rappeler deux faits dont je l'ai entretenue verbalement et dont il est à propos de garder le souvenir. Le premier de ces faits est l'existence d'une depêche de lord Ellenborough adressée à son gouvernement lorsqu'il était gouvernent général des Judes et dans laquelle il disait que pour assurer à l'Angleterre sa prépondérance dans le monde entier, il lui fallait avoir un pied dans l'Inde et l'autreenEgypte. Le second fait est tous récent, il est tout aussi caractéristique et j'en suis personnellement le témoin des ouvertures m'ont été faites à moi-même, il y a deux ans à Londres, par un personnage officiel à la suite d'une conversation avec lord Palmerston. Il résultait de ces ouvertures que si je voulois admettre que l'Angleterredevaitprendre possessiondeSuez et garderainsilepassageduCanal, l'opposition du Cabinet Anglais cesserait. La manière dont j'ai repoussé une semblable éventualité explique la persistance de l'hostilité de lord Palmerston et contre le canal et contre ma personne. On avait cependant cherché à me faire passer pour l'agent de je ne sais quelle politique mystérieuse de démembrement de l'Empire Ottoman. Aujourd'hui tout homme qui réfléchit et qui est au courant des choses doit savoir à quoi s'en tenir sur ce sujet et sur la question des défiances que l'on s'était efforcé d'exciter contre l’Egypte afin de détourner l'attention de tendances d'envahissement réellement redoutables. J'ai la conviction que, si de pareilles tendances n'étaient pas arrêtées par l'éxecution du canal de Suez, la Turquie, dans vingt ans, ne posséderait plus un pouce de terrain sur le littoral de la Mer Rouge./. Ferd(inand) de Lesseps