WA 13G W.F.EXHER EXPOSITION UNIVERSELLE DE VIENNE EN 1873. RAPPORT SUR LES PRODUITS DU VIII e GROUPE. BOIS OUVRES J. TASSON Fils, Membre du Jury du VIII e Groupe. BRUXELLES, IMPRIMERIE & LITHOGRAPHIE DE E. GUYOT, I\tJE DE PACHÉCO, 12. f 1873 . VIII e GROUPE BOIS OUVRÉS. l re section. — Charpenterie et menuiserie. (Parquets, croisées, portes, etc.) Id. — Fabrication des meubles, ébénisterie. Id. — Objets tournés, guillochés, gravés, etc., et sculptures sur bois. 2' section. — Vannerie. 3 e section. — Peinture, teinture et dorure des objets en bois. COMPOSITION DU JURY. Peterson, G., président du Comité scientifique des Domaines, à St-Pétersbourg, président .Russie. Schestedt, J., vice-président .Danemark. Bombelles, G., vice-président .Hongrie. Exiler, W., professeur à l’Université forestière de Mariabrunn, secrétaire-rapporteur .Autriche. Le commandeur Rufino d’Almeida, à Rio-de-Janeiro . . . . Brésil. Don Siméon Avalos, architecte.Espagne. Baiersdorf, A., fabricant de meubles, à Vienne.Autriche, Brinkmann, J., à Hambourg.Allemagne. Dasatiel, J., industriel, à Vienne.Autriche. De Metz, F., sculpteur.Autriche. Le comte Finocchietti, gouverneur du palais de S. M. le Roi d'Italie, à Florence.Italie. Gromann, L., industriel, à Vienne.Autriche. Herayama, J., commissaire de 3 me classe .Japon. Jenoure, A., Esq.,F. B. G. S., à New-Surrey.Grande-Bretagne. Kôlbl, B., industriel, à Vienne.Autriche. Kramer, J., fabricant de meubles, à Pesth.Hongrie. Lowe, N.-L., à Massachusetts.Amérique. Meltzer, F., directeur de fabrique, à St-Pétersbourg .... Bussie. Mussini, L., directeur de l’école des beaux-arts de Sienne . . Italie. Peusens.Turquie. Pfaff, A., à Berlin.Allemagne. Pfeiffer, J., industriel, à Vienne.Autriche. Pôssenbacher, A., à Munich.Allemagne. Royle, J.-R., Esq., secrétaire de la Commission des Indes Orientales.Grande-Bretagne. Rossignenx, C., architecte, à Paris.France. Salvisberg, F., architecte en chef du canton de Berne . . . Suisse. Schmidt, P., industriel, à Vienne.Autriche. De Schestedt-Junl, Chambellan de S. M. le Roi de Danemark . Danemark. Shioda, M., commissaire de f re classe.Japon. Tasson, J., industriel, à Bruxelles.Belgique. Thonet, J., fabricant de meubles, à Vienne.Autriche. Westerberg, J.-A., architecte, à Gothembourg.Suède. Lorsqu’après l’Exposition universelle de Paris, en 1867, le rapporteur de la classe XIV, M. Ed. Romberg, constatait que partout la ligne disparaissait sous l’ornementation, que la broderie cachait l’étoffe et que l’architecte se bornait à fournir des motifs au sculpteur et au décorateur, il était parfaitement dans le vrai. L’affirmation est encore applicable aux spécimens de l’industrie de l’ameublement qui figurent à l’Exposition universelle de Vienne. Cependant une ornementation ménagée dans de sages limites, la distinction, voilà les caractères que doivent présenter et — 3 — l’ameublement de luxe et le mobilier d’usage courant. Mais là où le fabricant développe une richesse inutile et mal entendue, il y a mauvais emploi de l’élément décoratif. Nous n’avons rien rencontré de nouveau à l’Exposition de 1873 ; d’ailleurs beaucoup de meubles exposés en 1867 se retrouvent à Vienne et nous constatons ici une indigence notoire d’études et d’idées chez l’exposant du VIII e groupe : peu de conceptions originales, le style ne se montre qu’à titre exceptionnel ; ce qu’on voit, ce sont des détails bien étudiés, bien exécutés, il est vrai, mais pour lesquels malheureusement l’industriel a négligé l’ensemble et la forme générale de l’objet. Ces résultats sont faits pour étonner si l’on tient compte de la fondation des nombreuses écoles de dessin qui se sont ouvertes depuis une vingtaine d’années. En examinant les produits exposés par les différents pays, on se demande quel bien ces institutions ont pu faire aux industriels et à leurs ouvriers. Ne serait-on pas en droit d’exiger, en raison même de l’existence de ces écoles, que les personnes qui concourent à l’exécution des objets d’ameublement ne négligent pas, avant d’aborder cette exécution, d’étudier avec soin l’ensemble d’un meuble au point de vue du style ? Les détails viendront en seconde ligne et permettront, tout en restant dans l’idée première, d’orner plus ou moins l’ensemble, et cela d’une manière plus réelle qu’on ne le fait généralement à notre époque. BELGIQUE. Comme précédemment, nos principaux fabricants de — 4 meubles se sont abstenus de prendre part à l’Exposition de 1873. D’après nous, c’est un grand tort. Nous savons, nous autres Belges, que certaines maisons confectionnent des meubles de tout premier choix. Mais pourquoi ne pas faire connaître nos produits à l’étranger? Il y a une chose que nous perdons généralement de vue , c’est que nous pouvons fabriquer l’ameublement dans des conditions beaucoup plus avantageuses que nos voisins et que, par conséquent, nous pourrions, sans difficultés, nous créer des relations suivies à l’étranger. Comment se fait-il que nos ébénistes liaient pas saisi l’occasion qui leur était offerte, à Vienne, de nouer des rapports commerciaux avec l’Orient? C’est ce que nous 11 e comprenons nullement, et nous devons féliciter sincèrement ceux d’entre eux qui ont répondu à l’appel de la Commission organisatrice belge. Parmi ceux-ci, nous devons citer, en première ligne, MM. Tasson et Washer, Snyers-Rang et C ie , et Briots, de Bruxelles. MM. Tasson et Washer ont obtenu la médaille de progrès, pour leur exposition de parquets riches en bois naturels. U 11 sentiment de réserve que tout le monde comprendra nous commande de nous abstenir de toute appréciation sur ces produits; M. le secrétaire de la Commission belge a bien voulu les juger dans une notice faisant suite au présent rapport. MM. Snyers-Rang et C ie ont exposé un bahut en bois de chêne sculpté avec tiroirs à secrets et appliques en cuivre repoussé, style Renaissance flamande. Ce meuble est exécuté d’une manière fort intelligente et les détails en ont été étudiés consciencieusement. Nous devons faire les mêmes — 5 observations pour le spécimen de salle à manger en bois de noyer, ainsi que pour les autres meubles exhibés par cette maison. On doit sincèrement louer MM. Snyers- Rang et C ie de leur exposition en général; c’est d’ailleurs ce qui a été reconnu par le jury du VIII e groupe, qui a décerné à ces fabricants la médaille de mérite , en attribuant, de plus, à M. Hermanus (Alexandre), leur contremaître, la médaille de coopération. On sait que la maison Snyers-Rang est non moins ancienne qu’importante ; elle date de 1815 et emploie 250 ouvriers. Elle exporte une partie de sa production notamment vers l’Angleterre, l’Allemagne, la Hollande, la Russie et l’Amérique. Le travail du bois s’y exécute en partie mécaniquement. Ce que nous avons dit pour MM. Snyers-Rang et C ic s’applique également à M. Briots, qui, quoique étant à la tête d’une maison de fondation plus récente, a apporté dans la conception et l’exécution d’un lit sculpté, style Renaissance flamande, tous les soins possibles. Nous devons tout spécialement attirer l’attention sur la manière dont les sculptures de ce beau meuble ont été exécutées. Le jury a également décerné à M. Briots la médaille de mérite. Il existe à Bruxelles plusieurs grands ateliers pour la fabrication des moulures et ornements pour cadres et décors. Nous regrettons vivement que, parmi tous ces ateliers, auxquels s’offrait l’occasion de faire apprécier leurs produits à côté de ceux des maisons allemandes, il n’y en ait eu qu’un seul qui se soit fait représenter à Vienne. La série de spécimens de moulures dorées pour cadres, exposée par M. Charles Manteau, de Bruxelles, a fixé la sérieuse attention du jury. — 6 — En raison de la bonne exécution et surtout du prix peu élevé de ces moulures, le jury a décerné à M. Manteau la médaille de mérite. Une industrie toute spéciale et qui a été beaucoup remarquée à Vienne, c’est la fabrication des boîtes dites de Spa. Trois industriels avaient exposé des produits de cette espèce : MM. Henrard-Ricliard, Krins et Marin, tous trois habitant Spa. Leurs ouvrages sont réellement exécutés d’une manière soignée et les prix en sont excessivement bas. La première de ces maisons, qui s’occupe tout spécialement de l’exportation et dont l’étalage était présenté avec beaucoup de soin, a seule été recompensée : le jury lui a décerné la médaille de mérite. Après ces maisons, nous avons remarqué les différents meubles volants exposés par M. Manoy, de Bruxelles. Non-seulement ces meubles ont été bien étudiés comme ensemble et comme style, mais leur exécution est des plus soignées. Nous regrettons que M. Manoy n’ait pas montré un meuble plus important comme travail d’ébénisterie. La vitrine servant à l’installation des produits de la maison Rey aîné est bien conçue, mais ne pouvait suffire à faire apprécier la fabrication de M. Manoy. Nous espérons pouvoir, à une prochaine occasion, apprécier un grand meuhle exécuté par cet ébéniste ; nous sommes, pour ainsi dire, certains à l’avance du succès qu’il obtiendra. Malgré le peu d’importance de l’installation de M. Manoy, le jury, tenant compte du soin de l’exécution, a conféré à ce dernier le diplôme de mérite. M. Creusen, de Liège, a également reçu le diplôme de mérite, pour son buffet à étagère de salle a manger, en bois — 7 — de noyer avec sculptures. Nous ne doutons nullement que ce meuble aurait été apprécié d’une manière plus favorable si quelques détails, surtout dans la sculpture, avaient été étudiés d’une façon plus sérieuse. Nous devons cependant féliciter sincèrement M. Creusen, qui a exécuté ce meuble par lui-même. L’assemblage du bois est bien compris, et l’exécution, au point de vue matériel, est extrêmement soignée. La maison Van Ginderdeuren , de Bruxelles , avait envoyé à l’Exposition des cadres, des jardinières, des porte- bouquets, etc., en bois de chêne et de noyer sculpté. Quoique cette fabrication soit une spécialité de la Suisse et de la Forêt-Noire et que les industriels de ces deux pays aient exposé d’une manière hors ligne, à Vienne, le jury international, reconnaissant la manière intelligente dont les différents produits exhibés par M. Van Ginderdeuren ont été exécutés et conçus, lui a décerné le diplôme de mérite. Parmi les autres exposants, nous devons citer M. De Bruyne, de Malines, qui a fait figurer dans le compartiment des beaux-arts une table en chêne sculpté, Renaissance flamande ; ainsi que M. Bulens, de Bruxelles, qui a exhibé un spécimen de jalousie hollandaise d’un système très-ingénieux et se manœuvrant avec une grande facilité. Cette jalousie a été remarquée, et le jury s’est fait un devoir de décerner à chacun de ces deux exposants le diplôme de mérite. Le premier aurait obtenu mieux qu’un diplôme si son exposition avait été plus soignée et avait suffisamment mis en lumière l’importance et le mérite de sa fabrication toute spéciale : l’ameublement gothique en chêne sculpté. 8 — Un diplôme de mérite a également été accordé, dans cette section, à M. Blum, de Heinsch (Luxembourg), pour ses boîtes à sel, recommandables par une exécution soignée et par des prix tout à fait modiques. Nous avons beaucoup regretté que la console-jardinière, style Louis XVI, exposée par M. Lebacle-Fournier, de Bruxelles, n’ait pas été exécutée d’une manière plus finie au point de vue de la sculpture. Si l’exposant avait été plus sobre de détails et s’il avait mieux soigné l’exécution de son meuble, nous sommes persuadé qu’il aurait également été récompensé. Nous devons reconnaître que la dorure de ce meuble était exécutée d’une manière remarquable. Dans la deuxième section du VIII e groupe, nous avons à mentionner la maison van OyevanDuerne et fils aîné, qui expose des produits tout spéciaux, produits rangés dans la section susmentionnée, quoique sortant du cadre de l’ébénisterie proprement dite. Cette maison, qui a fait ses preuves aux Expositions précédentes, s’occupe spécialement de la préparation et du travail des rotins. Elle en tire une série de produits, tels que rotins filés, baleines, joncs, bambous, tapis, stores, paillassons, etc., matelas en rotins, corbeilles et ouvrages artistiques, qui forment de cette industrie un ensemble remarquable. Ajoutons que c’est M. van Oye père qui a introduit en Belgique, il y a près de dix ans, cette industrie, qui n’a cessé de se perfectionner entre les mains habiles de son créateur, et qui a acquis aujourd’hui un développement considérable. La maison occupe 400 ouvriers dans son usine de St-Gilles lez-Bruxelles, 100 dans l’usine d’Anvers, où se font le triage et le blanchissage des matières pre- — 9 — mières, et 200 ouvriers dans l’usine de Loos, près Lille (France). Cette maison a des débouchés sur toutes les places de l’Europe et même du monde entier. Le jury international, après examen des différents produits exposés par MM. van Oye van Duerne et fils aîné et en présence des succès obtenus précédemment par ces habiles industriels, leur a voté, à l’unanimité, la médaille de progrès. D’après la statistique, le mouvement de nos importations et de nos exportations de bois de construction et de bois ouvrés a pris un développement considérable depuis 1859, ainsi qu’on peut le voir par les données ci-dessous : Il a été importé, en 1859, 146,635 mètres cubes de bois de construction, représentant une valeur de 13,762,000 francs, et, en 1870, on en a importé 323,277 mètres cubes, valant 21,113,000 francs, ce qui, en onze ans, accuse une augmentation, comme volume, de 176,642mètres cubes et, comme valeur, de 7,351,000 francs. Depuis 1859, la Belgique a fait des progrès immenses dans la fabrication des meubles ; ce qui le prouve, c’est le chiffre de l’exportation des bois ouvrés. On a exporté en 1859 pour 1,447,000 francs, et en 1870 pour 4,732,000 francs de ces bois, soit, en onze ans, une augmentation de 3,285,000 francs. Nous le faisons observer au commencement de ce rapport : nos industriels doivent absolument comprendre que le point de départ d’une bonne exécution est la conception de l’objet. Que nous manque-t-il, en général? le dessin; nous ne saurions assez appeler l’attention du Gouvernement — 10 — et de nos fabricants sur ce point essentiel. Ne pourrait-on s’attacher, dans nos écoles, à faire composer des dessins de meubles ou d’autres objets d’ameublement en se préoccupant principalement de la forme? Le détail viendrait par surcroît ; mais il est d’une importance capitale de ne pas perdre de vue l’ensemble des lignes et de ne pas les détruire, en quelque sorte, par une surcharge fastidieuse de détails et de sculptures. Nous espérons que cette idée, d’une application générale, sera comprise, et que nos fabricants en tireront profit dans les Expositions prochaines. Nous sommes persuadés que si nos principaux ébénistes y faisaient valoir, à côté d’un meuble riche avec sculptures, d’autres meubles simples, mais d’une exécution irréprochable, ils attireraient l’attention du jury et se créeraient en même temps, de nombreux débouchés à l’étranger. N’ont-ils pas une main-d’œuvre à bon marché et les facilités de toute nature que met à leur disposition notre régime économique si libéral, si envié par beaucoup de puissances productives du continent? FRANCE. Sans rivale partout où l’industrie touche au domaine de l’art, la France est toujours en tête de la fabrication des ameublements. Si, dans d’autres pays, on arrive à produire des meubles où se manifeste l’harmonie des lignes et des détails, il est à peu près certain que des artistes français s’en sont mêlés. C’est ce qui arrive surtout pour les meubles exposés par les premières maisons de Londres. — 11 On ne doit cependant pas leur en faire un grief, car c’est de cette manière que l’on arrive, insensiblement à inculquer aux artistes et aux ouvriers d’un pays le bon goût, cette qualité si éminemment française. C’est ce que nous remarquons, cette année, pour les meubles exposés par l’Angleterre et l’Italie. Depuis la dernière Exposition de Paris, ces deux pays se sont surpassés et nous ne doutons nullement que, d’ici à quelques années, les ébénistes anglais et italiens fabriqueront des meubles aussi beaux que les meubles français. En première ligne, nous avons à mentionner les succès obtenus par les maisons Fourdinois, Roudillon et Guéret frères, de Paris, auxquelles le jury international a décerné le diplôme d honneur . Nous regrettons seulement que M. Fourdinois nous montre les mêmes meubles qui lui ont valu un si légitime succès en 1867. Pourquoi, lorsque l’on sait aussi bien faire, ne pas étaler de nouvelles œuvres? A part deux grandes torchères sculptées et dorées, style Louis XVI, et une petite console-étagère en bois d’acajou et d’ébène avec appliques en bronze doré, nous retrouvons son installation de Paris. Les détails de la console sont exécutés d’une manière tellement remarquable et intelligente, que nous pouvons affirmer que cette maison tient toujours le premier rang dans l’industrie de l’ameublement. La maison Roudillon, dont la réputation est européenne, montre une cheminée en noyer sculpté, style Henri III. C’est un ouvrage de grand mérite, dont les détails sont remarquables et d’un fini hors ligne. Nous avons aussi remarqué une table en noyer, incrustations d’acier, — 12 — d’un effet charmant et d’une grande précision de travail. Généralement, les meubles exposés par cette maison sont traités dans des proportions colossales et méritent d’attirer l’attention de nos fabricants. MM. Guéret frères ont exposé un buffet de salle à manger, avec panneaux sculptés. Cette installation est également conçue dans des proportions grandioses et mérite un examen sérieux de la part de nos ébénistes, tant sous le rapport de l’exécution que pour le soin apporté à la sculpture ; celle-ci est traitée d’une manière tout à fait artistique. Le motif central, représentant une Diane chasseresse, aurait suffi pour faire obtenir à MM. Guéret frères la récompense parfaitement justifiée que le jury leur a décernée. Après ces maisons, citons en première ligne la maison Lemoine, de Paris, fondée en 1787 et qui occupe un grand nombre d’ouvriers ; elle aurait dû, d’après nous, être mise sur le même rang que les trois firmes mentionnées précédemment. Les différents meubles exposés par M. Lemoine sont traités d’une façon hors ligne et, outre le choix heureux des matières mises en oeuvre, ils présentent tous un grand mérite d’exécution. M. Lemoine, de plus, est le président- fondateur du patronage des enfants de l’ébénisterie, société établie depuis six ans et à laquelle la ville de Paris vient de donner un nouveau subside pour l’aider à fonder une école de dessin spéciale à l’ébénisterie. Le jury a décerné à cet habile producteur la médaille de progrès. M. Diehl, de Paris, dont nous avons pu déjà apprécier la fabrication dans les Expositions précédentes, surtout pour 13 — les petits meubles de fantaisie, tels que caves à liqueurs, coffrets de mariage, boîtes à châles, etc., a exposé à Vienne, outre les objets de son industrie spéciale, un lit pompéien, avec incrustations et appliques en bronze doré, qui est très- remarquable. L’exécution des panneaux en marqueterie a été fort appréciée par le jury et a vain à M. Diehl la médaille de progrès. Le jury a vu avec le plus vif intérêt un meuble à bijoux, style Renaissance, présenté par la maison Christofle et C ie , de Paris, et exécuté d’après les dessins de M. l’architecte Rossigneux, de Paris. Ce meuble, en forme de cabinet, est monté sur deux colonnes et deux pilastres, ornés de chapiteaux et appliques en bronze doré. Il est fermé par une porte ornée d’un panneau de bronze à jours, encadrant un émail et recouvrant un coffret d’acier damasquiné et des tiroirs incrustés d’ivoire. Ce somptueux ouvrage offre un spécimen de toutes les ressources que l’art de l’orfèvrerie moderne présentent pour décorer richement un meuble précieux : ciselures, incrustations, damasquinures, émail cloisonné, émail translucide, de couleur et de bronze patiné. Cette nouvelle application de la galvanoplastie apportera, nous en sommes certains, d’importantes modifications dans l’ornementation des meubles en marqueterie et permettra de remplacer les bronzes souvent défectueux dont on doit blâmer le fâcheux emploi. Nous devons répéter ici que les ébénistes français sont, à notre avis, à la tête de l’industrie de 1 ameublement. Nous l’avons déjà dit : souvent, dans les meubles, la ligne disparaît, mais aussi combien n’y a-t-il pas, en France, d’ébé- — 14 — nistes qui savent bien concevoir l’ensemble de l’objet et y appliquer des détails, parfaitement appropriés à leur destination? Nous regrettons cependant que la marqueterie, l’incrustation, la mosaïque et les bronzes jouent un si grand rôle dans les ouvrages exposés. On ne voit plus ces meubles importants qui rappellent les ouvrages anciens et qui, d’après nous, étaient si beaux. A notre époque, avec les procédés de fabrication que nous possédons, on pourrait arriver à les exécuter d’une manière remarquable, tout en restant dans des conditions de prix bien inférieures. C’est ce que nos industriels devraient examiner et, s’ils voulaient s’occuper sérieusement de cette idée, nous sommes persuadé qu’ils s’en féliciteraient. ITALIE. L’Italie, comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire précédemment, est en voie de progrès pour l’industrie du travail des bois. Les meubles de luxe sont généralement exécutés à Florence et dans les environs. Ils sortent d’ateliers renommés, où des artistes de renom fournissent des dessins bien étudiés et, ensuite, dirigent l’exécution, faite par des ouvriers de grand mérite. La sculpture sur bois, surtout pour ce qui regarde les figures, et la marqueterie y sont arrivées au plus haut point de perfection. Ce pays doit, en grande partie, ces progrès sensibles à l’intelligence des chefs d’industrie, qui se sont adjoints des contre-maîtres et des dessinateurs ayant fait leurs études à Paris. C’est là, nous ne saurions assez le répéter, le 15 — moyen à employer pour arriver à fabriquer des meubles de bon goût, et nous ne pouvons que féliciter les industriels italiens d’être entrés dans cette voie. Parmi les produits qui ont attiré le plus spécialement notre attention, nous devons signaler, en premier lieu, les objets en ébène et incrustations exposés par M. le chevalier J.-B. Gatti, de Rome. Les mosaïques envoyées à Vienne par M. Gatti sont les plus belles que nous y ayons vues. Depuis 1844, M. Gatti s’est adonné à cette fabrication, qui n’a fait que progresser. Nous avons déjà eu l’occasion d’apprécier le talent de cet artiste en 1855 et en 1867, à Paris, et nous sommes heureux de pouvoir constater qu’il a continué de prospérer et tient toujours le premier rang dans l’art d’exécuter les mosaïques sur bois. L’ensemble de la magnifique exposition de M. Gatti lui a valu le diplôme d'honneur. En seconde ligne, nous devons signaler un cadre avec cariatides et bas-relief représentant une danse d’enfants, de la maison Valentino Panceira, de Venise. Les sculptures sont des plus soignées ; nous ne croyons pas qu’on puisse atteindre un plus haut degré de perfection, tant pour la richesse des dessins que pour le fini du travail. L’importance de cette maison est tout à fait exceptionnelle; aussi le jury lui a-t-il décerné, à l’unanimité, le diplôme d'honneur. Un troisième diplôme d'honneur a été donné à M. Louis Frullini, de Florence. Cet industriel a exposé, cette année, deux cheminées, un bahut, des chaises, des cadres et des panneaux sculptés pour pilastres. Tous ces objets, exécutés avec le plus grand soin, ont été appréciés à leur valeur. — 16 — Les dessins sont bien étudiés et la composition en est très- heureuse. Une industrie que l’on ne peut passer sous silence et qui nous a frappé est la fabrication des chaises légères en bois d’érable et de cerisier de Chiavari. Autrefois, cette fabrication se faisait en France et ces chaises se vendaient sous le nom de chaises de Paris; aujourd’hui, l’Italie échange ces produits avec ceux qui arrivent de France. Nous avons pu examiner des chaises, de formes élégantes et d’un prix très-modéré, de différents fabricants; elles sont toutes solidement exécutées et se vendent à des prix excessivement modiques. Dans l’exposition de M. Descalzi, de Gênes, nous en avons remarqué de fort bonnes qui* se vendaient au prix de 1 fr. 60 c. la pièce. La fabrication des meubles est une des industries que, de tout temps, l’Italie a cultivées avec le plus de succès ; aussi a-t-elle pris une grande extension et fait de notables progrès. D’après des données officielles extraites de l’ouvrage Ultalie économique en 1867, qui a été publié par ordre de la commission royale italienne de l’Exposition universelle de Paris, nous constatons qu’il existait en 1867, à Milan, plus de 30 ateliers pour la fabrication des meubles, où étaient employés environ 250 ouvriers dont la journée variait de 1 fr. 76 c. à 3 fr. 52 c., — plus 100 enfants. Dans quelques communes des environs de Milan, et spécialement dans la partie du pays qui borde la route entreMonzaet Corne, Lissone, Cesano, Boisio, Mede, etc., cette fabrication est en si grande activité, que plus de 350 familles sont employées à la confection des meubles, — 17 et le nombre des ouvriers n’est jamais moindre de 600 pendant 1 été, et de plus de 1,000 pendant l’hiver, gagnant, en moyenne, un salaire de 1 fr. 76 c. par jour. Dans la province de Brescia, l’on compte sept fabriques produisant annuellement pour 400,000 francs. La quantité de bois fins d’ébénisterie étrangers qu’on emploie en Italie pour la fabrication des meubles de luxe s’élève, chaque année, à 110,190 kilogrammes, pour une valeur d’environ 400,000 francs. Dans le Piémont et dans la province de Gênes, l’importation annuelle du bois de buis s’élève de 30 à 40 mille kilogrammes et le chiffre d’exportation des boîtes et autres ouvrages en figuier, connus sous le nom de prodotti di Santa-Margherüa, est d’environ 80,000 francs. Pour les bois de charpente, c’est la Sardaigne qui est la contrée la plus riche. La forêt de Montana seule fournit chaque année environ 150,000 pieds cubes de chêne, d’orme, de frêne, etc., et de 2 à 3 millions de kilogrammes de gros bois employés ordinairement pour les constructions maritimes. Les forêts de Toscane fournissent également le chêne ; c’est de là que les Anglais exportent chaque année de 80 à 110 mille pieds cubes de ce bois, et 20 à 25 mille pieds cubes servent aux chantiers de Gênes, de Malte et d’Espagne. Pour la fabrication des meubles, le sol de l’Italie fournit le noyer, qui est en grande abondance dans le nord; le figuier, l’olivier, le pin maritime, le jujubier, le citronnier, l’érable, etc., se trouvent en Toscane et en Piémont. Quant aux autres bois, tels que l’acajou,le palissandre, etc., l’Italie les fait venir de l’étranger. 2 — 18 — ANGLETERRE. Si le nombre des exposants anglais n’était pas considérable, on a, du moins, vu figurer parmi eux les plus grandes maisons du pays. Ce que nous avons dit de l’Italie peut s’appliquer de tous points à l’Angleterre. Là aussi, les chefs d’industrie se sont adjoints des dessinateurs parisiens et, à chaque Exposition, on a pu apprécier les progrès sensibles que l’industrie du meuble fait en Angleterre. Les objets exposés étaient généralement irréprochables, tant sous le rapport du dessin que sous celui du travail. La marqueterie surtout est en progrès, et nous pouvons dire qu’on ne l’exécute pas mieux chez les meilleurs fabricants de Paris. En première ligne, nous devons placer la maison Jackson et Graham, de Londres. Les objets quelle a exposés sont d’un fini, d’une correction et d’une richesse qu’on ne peut retrouver que dans une seule maison, la maison Fourdi- nois, de Paris. Tout, ici, est ce que l’on peut voir de plus parfait comme dessin et comme exécution. Cette maison a également eu l’excellente idée de s’adjoindre un artiste de talent de Paris, M. E. Prignot, qui, ayant fait ses premières études chez M. Fourdinois, est venu donner aux ateliers de MM. Jackson et Graham la première place dans l’industrie des ameublements. Nous avons surtout admiré un meuble en ébène avec incrustations en ivoire, lapis-lazuli et jaspe; une console en bois de thuya et d’amaranthe avec appliques en bronze doré et tablette en onyx. Ces meubles, il est vrai, se vendent à des prix très-élevés ; mais ils trouvent toujours des ache- — 19 teurs, vu le degré de perfection de leur exécution. Cet établissement occupe environ 900 ouvriers. Le jury a décerné à la maison Jackson et Graham le diplôme d'honneur , en témoignage de la haute impulsion que ces fabricants ont su donner à ce genre d’industrie en Angleterre. Nous signalerons encore les différents meubles des maisons Cooper et Holt, et Collinson et Lock, de Londres, qui sont d’une très-bonne exécution et d’un dessin bien étudié. Ces deux maisons ont reçu la médaille de mérite. ALLEMAGNE. Quoique ce pays eût un grand nombre de représentants dans le VIII e groupe, il faut avouer que la qualité des objets laissait beaucoup à désirer. Il y avait là beaucoup de petits exposants qui témoignaient de leur bonne volonté .et dont les produits dénotaient une certaine habileté. Les grandes villes de l’Allemagne du Nord et principalement Berlin, où l’industrie du bois est si importante, s’étaient abstenues de prendre part à ce concours international. Le plus grand nombre des objets que nous avons vus étaient des meubles d’un usage courant. Ils étaient, à quelques exceptions près, exécutés d’une manière excellente sous le rapport de l’ébénisterie, et faits avec cette application studieuse propre à l’Allemand. On y reconnaît bien l’intention d’arriver à la pureté du style ; mais, il faut le dire, le goût manque presque toujours. Rien de nouveau, aucun perfectionnement depuis 1867. La seule chose à noter, ce sont les progrès des petites — 20 — villes, où l’on constate* une tendance à fabriquer de meilleurs produits. Parmi les installations qui ont été le plus remarquées, nous devons signaler celle de la maison A. Türpe, de Dresde. Le lambris de la salle à manger exposé par cette maison ne laisse rien à désirer, comme dessin et comme exécution ; mais ce qui a le plus attiré notre attention était une pendule en boule, faite d’une manière vraiment artistique. La maison Friedrich, également de Dresde, a exposé, cette année, un magnifique meuble en ébène et émail, un lambris en bois de différentes essences avec peintures et une table du même genre. Tous ces objets sont bien compris et leur exécution est faite avec le plus grand soin. Ces deux maisons, dont nous avions eu l’occasion d’apprécier les produits en 1867, ont reçu, cette année, le diplôme d'honneur. SUÈDE ET NORVÈGE. Les bois ouvrés par ces pays sont très-remarquables en ce qui concerne la menuiserie. Il existe, surtout en Suède, des fabriques immenses pour le façonnage et le travail des bois de charpente et d’ébénisterie, et nous savons que ces usines ont reçu l’outillage le plus perfectionné. Nous devons signaler, en première ligne, la maison Dickson, James et C :e , de Grothembourg, qui occupe, tant pour l’exploitation des forêts que pour le travail des bois, plus de 10,000 ouvriers et dont les produits ont obtenu la médaille de progrès. Les objets de menuiserie, châssis, — 21 — portes, moulures, etc., de cette maison sont sans contredit ce qu’il y a de mieux, et on peut voir, en les examinant, combien les procédés de la mécanique sont utiles pour l’exécution des menuiseries. Nous avons également remarqué la maison de chasse exécutée, d’après une nouvelle méthode de montage, par la maison Bark et Warburg, de Gothembourg. Ces exposants sont les fondateurs de cette industrie en Suède. Les objets de menuiserie que nous avons examinés sont confectionnés dans la perfection. Le jury a été unanime à reconnaître que la Suède doit à MM. Bark et Warburg une grande part des progrès de l’industrie des bois, car ils les ont rendus possibles par le développement donné à cette fabrication, par l’organisation de leurs nombreux ateliers et par le perfectionnement apporté aux machines-outils ; aussi leur a-t-il décerné un diplôme d'honneur. Le jury a conféré une médaille de progrès à M. Ilane- borg, de Christiania, pour son beau pavillon avec découpures faites à la scie; ce travail, digne de remarque, témoigne d’une grande habileté d’exécution. Pour nous, et quoique l’on ne puisse nier que ces pays ont fait de grands progrès depuis la dernière Exposition, il n’y a rien qui nous étonne dans les produits exposés. On ne doit pas perdre de vue que la matière première se trouve sur place en grande abondance et, par conséquent, à bon marché ; de plus, les salaires y sont peu élevés. Il faut cependant ajouter qu’il y a à féliciter les industriels Scandinaves d’avoir introduit dans leur pays l’emploi de la machine pour le travail du bois. La menuiserie pour le bâtiment, ainsi que les ouvrages — 22 — d’ébénisterie sont exécutés, en partie, par des artisans et, en partie, dans de grandes usines pourvues d’un outillage mécanique et établies depuis peu de temps. D’après des sources officielles, il y avait, en 1871, dans les villes, 640 menuisiers avec 1,125 aides et, dans les campagnes, 655 menuisiers avec 345 aides, soit ensemble 2,765 hommes qui s’occupaient de la menuiserie à titre de métier. Comme travail domestique, cette industrie s’exerce presque partout à la campagne; on y produit principalement les chaises, qui sont faites dans le village d’Oster-Vâla,dans le Lan (Westmanland), et les meubles d’art à Grothembourg. Une spécialité d’exportation, ce sont les chaises de Vâla ou chaises richement découpées, qui sont principalement fournies à la Russie, d’où est venu le modèle de ce genre de meubles. Le hêtre est le bois que les marchands achètent pour les chaises, ainsi que, en général, pour tous les beaux meubles que les Suédois fabriquent pour eux-mêmes ou pour la vente; pour le reste, on emploie beaucoup le sapin et le pin maritime. Pour les ameublements de luxe, que les ébénistes confectionnent non sans succès, on emploie les diverses sortes de bois ordinaires, l’orme, l’acajou, le noyer, etc. En ce moment, le noyer est le bois le plus usité ; il a remplacé l’acajou, qui était précédemment employé. Une partie du bois de noyer vient du Gothland et de la région méridionale de la Suède, où cette essence croît en abondance. L’importation des bois exotiques s’élevait, en 1871 — 23 — (valeur) : bois non ouvrés, 90,237 rixdalers; bois de placage, 124,782 livres; bois d’ébénisterie, 51,643 livres; plus 140 livres de bois d’ébène. L’exportation des essences indigènes, telles qu’orme et frêne, s’élevait à 61,855 livres; celle des bois ouvrés pour l’ébénisterie de sapin à 131,900 livres. La menuiserie suédoise n’exporte ses produits que sous forme de planches, madriers, poutres et perches. Des mesures ont été prises naguère pour la création de diverses fabriques mécaniques de meubles. On en a érigé dernièrement une à Sandarma, près Sôderhamn, trois à Stockholm, dont une surtout (la fabrique d’Ekuran’ sche) déploie son activité sur une grande échelle, deux à Gothembourg et une à Uddevalla. La production de ces fabriques s’élevait, en 1871, à un demi-million de rixdalers (1,410,000 francs) ; elle comprend les meubles ordinaires, ainsi que la confection de maisons entières, dont l’Exposition universelle de Vienne montre quelques modèles. C’est par le port de Gothembourg que s’opère la plus grande exportation de bois ouvrés, exportation qui s’est élevée, pour toute la Suède, de 700,000 à 800,000 rixdalers. Pendant l’année 1871, l’exportation en meubles, bois, etc., s’éleva à 430,000 rixdalers, et en bois de charpente à 281,000 rixdalers, soit ensemble 711,000 rixdalers, dont 412,000 pour l’Angleterre, 130,000 pour le Danemark et 95,000 pour l’Allemagne. RUSSIE. l7exposition la plus importante de ce Ipays est sans con- — 24 — tredit celle de la maison S fange, de St-Pétersbourg, exposition qui consiste dans l’ameublement du pavillon impérial. Les dessins sont bien conçus et l’exécution ne laisse rien à désirer. L’ébénisterie est soignée et la sculpture est irréprochable. Ces objets sont faits d’après des motifs nationaux et les dessins ont été exécutés par M. Monighetti. Le mérite de M. Stange, les services qu’il a rendus à son pays par le grand développement imprimé à l’industrie et au travail du bois rendaient cet industriel digne du diplôme d'honneur, qui lui a été conféré par le jury, ainsi que deux médailles de coopération décernées à ses contremaîtres, MM. Samberg et Brosston. A part un buffet et une table exécutés dans le style national et bien soignés comme dessin et travail, de la maison Flamandskoi, de Moscou (médaille de mérite ), il n’y a rien à signaler dans l’exposition russe pour ce qui regarde le VIII e groupe. PORTUGAL. Ce pays, probablement à cause des difficultés de transport, n’était représenté dans notre groupe que par quelques exposants. Nous le regrettons vivement, car les envois, bien que peu nombreux, sont, pour la plupart, très-remarquables. Ce qui nous a particulièrement frappé, ce sont les progrès sensibles faits depuis 1867 et qui font bien augurer de l’avenir de l’industrie du bois dans ce pays et dans ses colonies. Une fabrication digne de remarque, c’est l’industrie des cure-dents en bois. La maison Avellar et Miranda, de Lisbonne, nous montre — 25 — une collection de ces produits que tout le monde a louée pour la finesse du travail et la beauté de la forme. Le jury a décerné une médaille de mérite à cette maison, qui fait un grand commerce d’exportation. La maison Silva, à Coimbra, a été également récompensée pour les mêmes menus objets. Ce que nous avons encore admiré, tant sous le rapport des combinaisons et du dessin que sous celui de la correction du travail, ce sont les ouvrages sculptés, style mauresque, exposés. par l’Association commerciale de Porto et pour lesquels le jury a décerné une médaille de mérite. Ces objets doivent servir à la nouvelle Bourse de commerce en construction à Porto. La Commission centrale de Lisbonne a exposé des tablettes de liège, avec incrustations de bois, qui appartiennent à Sa Majesté le Roi Don Ferdinand. Nous avons remarqué avec grand intérêt le fini du travail, la perfection delà sculpture et, tout en y voyant une œuvre d’art et de patience, nous croyons deviner que le Roi-artiste a bien voulu honorer de ses conseils la personne qui a exécuté ce beau travail. DANEMARK. Quoique peu importante, l’exposition de ce pays présentait beaucoup de choses dignes d’éloges. L’industrie du bois, à Copenhague, est plus considérable qu’en aucune autre contrée se trouvant dans les mêmes conditions. Elle a exhibé de fort bons ouvrages d’ébénisterie, généralement exécutés avec goût et dont le dessin est correct et gracieux. Nous avons à signaler particulièrement les divers — 26 — ameublements exposés par M. Jensen, à Copenhague, consistant en un ameublement de chambre à coucher en bois d’érable et d’acajou, avec tentures en reps vert, et une bibliothèque en bois de noyer et de thuya, avec incrustations et sculptures, objets qui sont également dignes d’éloges. La fabrication en est bien soignée et révèle du goût. Les meubles de salon exposés par M. Lund, de Copenhague, sont très-remarquables. Le meuble en ébène avec panneaux en écaille et appliques en galvanoplastie, exécuté par cette maison, est fait avec beaucoup de soin. Le bon goût de l’ornementation, la pureté du dessin et la perfection de la gravure sont les motifs qui ont déterminé le jury à décerner à M. Lund la médaille de progrès ; la même distinction a été accordée à M. Jensen. Nous avons encore à signaler les mobiliers de la maison Hansen, de Copenhague, qui ont valu à cet industriel la médaille de mérite. Il y avait, entre autres, un ameublement de salon en style pompéien, en bois de noyer avec inscrus- tations en bois d’ébène, de citronnier et de rose, dont l’exécution, comme ébénisterie et comme sculpture, était très- soignée. Les dessins de ces mobiliers, dus à M. Brinkopf, nous ont paru fort bien étudiés. SUISSE, TURQUIE ET GRÈCE. Ces différents pays n’avaient envoyé à l’Exposition de Vienne que des objets de peu d’importance. Leurs installations, en général, n’étaient pas très-heureuses. Toutefois, la Suisse exhibe des ouvrages de sculpture en assez grand — 27 nombre; mais si le travail en est bien soigné et décèle, de la part des artisans, une grande habileté jointe à une grande patience, il faut avouer que les dessins et compositions ne sont ni heureux ni bien étudiés. Nous nous attendions à voir de plus belles choses venues des pays orientaux ; nous aurions voulu étudier de près l'industrie de la Turquie et de la Grèce, mais malheureusement ces pays n’ont exposé que quelques menus objets, où le caractère national est complètement effacé. Tous ces objets se rapprochent de ce que nous pouvons appeler le meuble de Paris. Il est réellement regrettable que même jusqu’au style propre aux pays orientaux ait disparu complètement dans les installations de ces contrées. Le seul meuble à signaler est celui qu’avait exposé, dans le compartiment suisse, M. Mumprecht, de Berne, et qui lui a valu la médaille de progrès. Ce meuble, destiné à recevoir des armes, est bien exécuté tant sous le rapport de l’ébé- nisterie que sous celui de la sculpture. Le dessin en est bien conçu. AMÉRIQUE (États-Unis et Brésil). Les États-Unis n’ont, pour ainsi dire, pas fourni d’exposants dans le VIII e groupe. Nous avons cependant à signaler l’installation de MM. Royal Wheel et C ie (roues pour voitures). La solidité de ces roues, jointe à leur peu de volume, à fait acquérir à ces produits une grande importance sur le continent. Le travail en est irréprochable. Le jury a décerné à cette maison la médaille de mérite. La même distinction a été accordée à la maison Wheeler et Wil- 28 son, pour ses feuilles de placage. Elles sont d’une épaisseur très-égale et fort bien coupées; de plus, le bois n’est pas brisé, ce qui est une condition indispensable pour la vente des produits. Ont également obtenu la médaille de mérite: la maison Charles Week et C ie , pour son exposition de roues, qui est très-remarquable, et l’United States America, pour des bois de fusils très-beaux et dignes de remarque, surtout sous le rapport de la légèreté. LamaisonG. Davis etC 19 , de Philadelphie, s’était signalée d’une manière toute spéciale pour sa fabrication déjantés de roues et autres objets en bois courbé; le jury lui a décerné une médaille de progrès. L’industrie des meubles n’a pas encore, jusqu’à présent, pris de développement au Brésil ; nous devons cependant signaler d’une manière particulière les efforts que l’on fait dans ce pays pour arriver à former des ouvriers, et ce dans le but de pouvoir se passer des meubles que les pays européens y importent. Les arsenaux de la marine, situés à Bahia, Rio-de-Janeiro et Pernambouc, ont exposé des spécimens de leur fabrication, savoir : des tables en bois de palissandre, des objets de marqueterie, une table à ouvrage et une armoire à glaces. Ces objets sont travaillés par des orphelins, sous la surveillance de contre-maîtres, qui les instruisent. Il y a encore bien des défauts dans ces produits, mais en présence des efforts faits par le Gouvernement brésilien, efforts que nous ne saurions assez encourager, le jury a recompensé ces trois établissements. La maison de correction de Rio-de-Janeiro a également été récompensée pour son meuble en palissandre (Dalburgia Nigra) avec marqueteries en bois jaune et d’amaranthe ; ce 29 — meuble est parfaitement travaillé et d’une excellente fabrication. En dehors de ces établissements nationaux, nous n’avons à signaler qu’un seul exposant, c’est M. Rodrigues daCunha, de Rio-de-Janeiro, pour un joli modèle d’escalier tournant, exécuté avec beaucoup de soin et dont la conception est très- bonne. CHINE ET JAPON. Les installations chinoises étaient par elles-mêmes peu importantes. Elles se composaient d’une grande quantité de petits objets qui, pour la plupart, étaient exposés par des marchands ou des particuliers qui les avaient achetés plutôt avec l’intention d’en tirer profit que pour atteindre le but proposé par le programme de l’Exposition. Le jury, en présence de ces faits, a décidé qu’il ne donnerait des récompenses que dans le cas où le producteur se ferait connaître. Ce qu’il y avait de plus remarquable, c’étaient les divers 1 meubles en bois de fer et en bois rouge, incrustés d’ivoire et de nacre et rehaussés d’ornements en marqueterie jaune clair, représentant des scènes de la vie chinoise. Ces meubles étaient fort coquets, d’une grande finesse de travail et vraiment dignes d’intérêt; notre attention a été attirée par un ameublement de chambre à coucher (à l’européenne) d’un style mélangé, mais d’une exécution fort soignée. Cet ameublement était harmonieux et de bon goût. Le Japon avait envoyé à Vienne un très-grand nombre d’objets de tout genre et l’on a pu voir combien ce pays tient à entrer en relations plus intimes avec l’Europe. — 30 Il y avait une multitude d’objets, grands et petits, ayant le caractère propre à la contrée et qui tous étaient achevés avec le plus grand soin. Jusqu’aux moindres détails, tout, dans ces ouvrages, est bien étudié et exécuté avec une correction mathématique, que l’on ne retrouve chez aucun autre peuple. Parmi les objets vernis, le Japon tient toujours la première ligne, grâce à son excellente laque dont la composition semble être encore un secret pour l’Europe. Sous ce rapport, l’exposition japonaise a excité, comme toujours, un très-grand intérêt. Les boîtes avec tiroirs d’Yamamoto-Yaszulu (département de Shidzoucka), recouvertes d’un vernis transparent et garnies en bronze, ont été bien appréciées par le jury, qui leur a décerné une médaille de progrès. Nous ne croyons pas qu’on puisse exécuter, même mécaniquement, des objets avec une aussi grande précision. Les mosaïques en paille du département de Togoki étaient excessivement bien faites, d’un ajustement parfait, et toutes les difficultés d’exécution avaient été vaincues avec la plus grande habileté ; ces produits ont attiré l’attention de tous les visiteurs. AUTRICHE ET HONGRIE. L’Autriche — on devait s’y attendre— a fourni le plus d’exposants dans le VIII e groupe. Comme dans le compartiment allemand, on ne voyait ici, à quelques exceptions près, que des meubles de construction courante ; à en juger d’après l’ensemble de l’exposition autrichienne, la ville de Vienne seule a prouvé combien ses fabricants sont habiles dans — 31 — l’industrie qui nous occupe. Sous ce rapport, la province et surtout la Hongrie sont encore fort arriérées. Les exposants viennois qui se sont le plus signalés sont sans aucun doute les menuisiers. La menuiserie viennoise semble, du reste, avoir pris un essor considérable et avoir fait de grands progrès, ce qui tient à ce que, depuis quelque temps, on a bâti énormément dans la capitale de l’Autriche. Si la Suède se distingue dans la fabrication des objets de menuiserie courante (portes et châssis), l’Autriche (particulièrement Vienne) tient la première place pour les menuiseries qui, jusqu’à un certain point, réclament du luxe et de l’art. Les jalousies en bois de l’Autriche sont de beaucoup supérieures à celles des autres pays. Il en est de même pour les meubles en bois courbé. Dans cet article, nous devons signaler la maison Thonet frères, dont le siège social est à Vienne et qui possède quatre usines principales en Autriche et en Hongrie. Cette maison, dont l’un des associés faisait partie du jury international, fabrique des objets de tout premier ordre, qui sont appréciés dans les divers pays. Cette industrie, l’une des plus importantes de l’Autriche, a été fondée à Vienne en 1850. Le procédé employé pour courber les bois a été inventé par M. Michel Thonet aîné. La fabrication s’est développée rapidement et a acquis une grande importance, notamment à la suite de l’Exposition de Londres, en 1851. A cette époque, elle était de 12 à 15 chaises par jour, alors qu’aujourd’hui on en fabrique 2,120, du prix de 2 1/2 à 50 florins la pièce; 5,200 ouvriers et ouvrières sont occupés dans les diverses usines de MM. Thonet. — 32 — La maison Thonet a remporté les premières distinctions dans tous les concours internationaux, Cette année, ses produits étant hors concours, le jury n’a pu, comme nous le faisons ici, qu’admirer cette magnifique fabrication, sans pouvoir décerner de distinction à la maison. Les meubles ordinaires figuraient en grand nombre dans le compartiment autrichien, comme nous l’avons dit; ils étaient, pour la plupart, bien exécutés, mais à des prix plus élevés que ceux de l’Allemagne. Les quelques meubles de luxe que nous y avons vus étaient fort bien travaillés, mais laissaient à désirer sous le rapport du dessin ; les travaux de sculpture étaient généralement sans importance. La troisième section du VIII e groupe était représentée d’une manière digne d’éloge, notamment en ce qui concerne les exposants viennois. Les imitations de bois et de marbre sont arrivées, dans cette ville, à un degré d’avancement tel qu’elles dépassent de beaucoup les articles semblables exécutés dans les autres pays. Les dorures également ne laissent rien à désirer. Parmi les objets qui ont attiré plus spécialement notre attention, nous devons mentionner : 1° Un meuble noir avec marqueteries italiennes, de M. Michel, de Vienne. Le dessin en est très-réussi et le travail excellent. Les marqueteries peuvent être comparées à ce que l’Italie a exposé de mieux dans ce genre de travail. Le jury a décerné à M. Michel le diplôme d'honneur; 2° L’ameublement pour salle à manger de M. Dübell, de Vienne. C’est ce que nous avons vu de mieux dans ce genre. La même récompense lui a été donnée. Le diplôme $ honneur a été également décerné à M. Bern- hard, de Vienne. Tout le monde a apprécié à leur juste valeur les deux ameublements que cette maison a exposés, l’un pour salle à manger, l’autre pour chambre à coucher. Comme résumé de nos appréciations, nous ne pouvons que rappeler ce que nous disions en commençant. Depuis la dernière grande Exposition, en 1867, il n’y a rien de nouveau à signaler dans l’industrie de l’ameublement. En général, la composition et le dessin des meubles ne sont pas heureux et l’on ne tient nullement compte du style, parce qu’on perd de vue la destination usuelle de ces objets. On ne saurait trop le répéter : les brillants résultats obtenus par les fabricants qui occupent le premier rang sont dus, en grande partie, au concours des habiles dessinateurs de Paris. Les meubles des maisons Fourdinois, de Paris, et Jackson et Graham, de Londres, en sont un exemple frappant. Pourquoi nos industriels ne feraient-ils pas de même^ pourquoi ne pas s’attacher des dessinateurs de talent ou demander à des architectes de composer des dessins ? Les ouvrages exécutés sous de tels patronages auraient une valeur réelle, en présence surtout des compositions incohérentes que produisent certains industriels livrés à eux- mêmes, comme nous avons eu malheureusement trop d’exemples sous les yeux parmi les 2,000 exposants du VIII e groupe, qui avaient, cette année, pris part à l’Exposition du Prater. J. Tasson fils, Membre du jury du VIII e groupe. ANNEXE. Nous n’avons pas à rappeler les succès remportés dans les Expositions antérieures par les beaux parquets de la maison Tasson et Washer. Nous nous bornons à constater que les spécimens exposés à Vienne avaient la même valeur que ceux que l’on pouvait admirer à Londres, en 1862, à Paris, en 1867, à Altona, à Naples, etc. On sait aussi que la maison a une grande importance par le chiffre de sa production ; elle occupe en ce moment 260 ouvriers, indépendamment de ses machines-outils, qui sont au nombre de 30, mises en mouvement par une force motrice de 50 chevaux. Depuis que cette maison a repris les affaires de MM. De Keyn frères, elle a exécuté les travaux les plus importants de menuiserie, de sculptures et de parquets qui aient été réalisés en Belgique; mentionnons surtout la magnifique salle gothique de l’hôtel de ville de Bruxelles et les parquets des salles de fêtes du palais de S. M. Léopold II, à Bruxelles. Elle a, de plus, étendu ses relations à l’étranger : ainsi cette maison a fourni des parquets non- seulement en France, en Hollande, en Portugal et en Angleterre, mais aussi à New-York, Buffalo et Buenos- Ayres. Elle a exécuté également des travaux de menuiseries qui sont très-appréciés à l’étranger, entre autres les magnifiques portes pour le Royal Academy (Burlington HouseJ, Piccadilly, à Londres. •J. Clerfeyt, Secrétaire de la Commission royale belge.