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Mon cher Dufour.
Paris, le 7 mars 1847.
J'ai lu avec une vive peine vos deux lettres des 18 et 23 février; je vous remercie pourtant, de me parler avec cette entière franchise dans vos lettres confidentielles, mais vraiment je suis affligé de la disposition d'esprit, où vous mettent des retards inévitables dans les commencements de toute grande affaire et surtout d'une affaire comme celle- ci. Je vous demande donc en grâce, chaque fois, que vous ne serez pas satisfait de la marche des choses, de commencer par être convaincu, que chacun de nous fait, ce qu'il peut et non pas toujours ce qu'il
veut.
Je suis parti d'ici le 19 février, je suis de retour d'hier, 6 mars, sur ces 15 jours j'en ai passé 7 en chaise de poste. Nous avons eu à traiter à Lyon et à Marseille, dans des séances de 8 et 10 heures, les questions les plus difficiles, concernant les deux compagnies de Lyon- Avignon et d'Avignon- Marseille.
Cela ne nous a pas empêché d'obtenir l'adhésion de la Chambre de Commerce de Lyon à notre société d'études de Suez; quant à la Chambre de Commerce de Marseille, son adhésion n'est plus retardée que par des formalités sans impor
tance.
J'envoie demain à Negrelli un crédit de frs. 8000.- sur Alexandrie et une remise de frs. 2000.- sur Vienne. Je remets également, après m'en être entendu avec M. Paulin Talabot et nos collègues, frs. 5000.- à Linant- Bey.
Vous avez dû voir, par la publicité incomplète et très prématurée donnée à notre affaire par les journaux d'Allemagne, combien j'avais raison de redouter, au moins quant à présent, le journalisme; mais ce que je craindrais encore plus ce seraient des articles faits dans le but de rectifier ce qu'il y a d'incomplet dans les nouvelles publiées.
Linant a été pendant quelque temps fort mal à son aise vis- à- vis du Pacha, quand il n'y avait encore que des bruits vagues circulant à Alexandrie; mais aussitôt que parut un journal de Francfort parlant de notre société formée à Paris par Ordre des Gouvernements le Pacha fit lui- même appeler Linant qui lui expliqua très franchement toute notre
Georgi- Dufour, Urkunden.
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