-
175
-
reçue ce même jour, 10 ct., où j'ai eu une longue et bonne audience de l'Empereur. Je la lui aurais lue et il l'aurait certainement entendue avec intérêt, préoccupé comme il l'est de la réalisation de notre grand projet, qu'il considère comme un des plus glorieux devoirs et honneurs de son propre héritage.
Je tenais à revoir l'Empereur avant son départ pour l'Angleterre, ne fut- ce, que pour déposer dans son esprit un mémento de Suez. Dieu merci, ce memento n'était pas nécessaire: Je suis sorti, après plus de 20 minutes d'audience, convaincu que notre grande affaire allait être traîtée à Londres avec cette ferme et habile volonté, dont l'Empereur a déjà donné tant de preuves.
Nous avons bien regretté la démarche tentée à Constantinople. L'Empereur en avait parfaitement compris l'inutilité et les dangers, dès qu'il en avait eu connaissance. C'est une raison de plus pour redoubler l'activité à Londres et à Vienne.
Vous devez comprendre, cher collègue, combien je suis personnellement heureux et fier de voir S. E. M. le Baron de Bruck décidé à porter l'affaire dans la conférence et en présence de la Russie. Jamais réunion d'hommes aussi éminents que le Prince de Metternich, M. le Baron de Bruck et M. Drouyn de Lhuys n'a donné plus de garanties du succès d'une grande question politique. Jamais aussi situation plus admirablement sérieuse que celle de l'Empereur à Londres pour triompher de ce préjugé arriéré de la vieille politique anglaise contre la communication des deux mers.
J'espère bien, que votre ambassadeur à Londres a les instructions les plus pressantes, pour profiter de cette heureuse circonstance, et que M. le Baron de Bruck a déjà dirigé dans ce sens l'esprit des diplomates Prussiens et Russes, dont le concours peut être fort utile soit à Londres, soit à Vienne.
L'intervention du Prince de Metternich m'a causé une vive joie. Il est beau de couronner cette grande vie politique par l'œuvre pacifique et commerciale, qui est le magnifique symbole de la politique de l'avenir. Arlès vous engage de venir vers le milieu du mois de mai à Paris. Peut- être, après le retour de l'Empereur aurons- nous à vous inviter, à y venir un peu plus tôt. Nous nous hâterons de vous prévenir.