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Brief Enfantins.
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Mon cher Dufour,
Paris, 13 septembre 1850.
Nous voilà rentrés chacun chez nous, vous au milieu des préparatifs de la guerre, moi pour entendre un message de paix. Est- ce que vraiment c'est la France qui devient sage et l'Allemagne folle, ou bien ne sont- ce que les apparences? Je crois à notre sagesse, parce qu'il n'y a vraiment pas moyen, pour aucune de nos folies impériales, royales ou sociales de se faire jour, mais j'avoue que je crains un peu votre folie, parce que votre état normal est, d'être sages et qu'évidemment vous n'êtes pas aujourd'hui dans une situation normale.
On prétend ici, que vos affaires de Hesse et de Holstein s'arrangeront diplomatiquement; j'en doute fort et si celles- ci se terminaient à l'amiable, il en subsisterait ou il en naîtrait bien d'autres; ce sont les boutons, les éruptions d'une maladie fort grave, qui vous ronge intérieurement et qui a attaqué vos principaux organes.
Je crains fort, que vos démonstrations belliqueuses ne soient un motif pour la Russie d'avancer de plus en plus ses armes vers l'Occident; mais peut- être l'Allemagne a- t- elle besoin, comme la France en 1792, de cette menace de l'étranger, pour comprendre et montrer sa force.
La mort de Brandenbourg, dans une situation aussi grave, m'a beaucoup frappée, il m'a semblé, que le Roi de Prusse n'avait pas la tête tellement forte, pour qu'on put croire que Dieu, en lui retirant le comte de Brandenbourg, ait voulu lui donner l'occasion de montrer sa prudence et sa sagesse.
Sans doute la Russie va offrir à l'Autriche, pour rendre ses troupes de Hongrie disponibles, de garder cette contrée et de faire de tous les Slaves de bons Autrichiens, en les faisant d'abord Russes. Nicolas prêtera bien aussi quelques cosaques à son ami, le roi de Danemark pour tenir garnison dans le Schleswig, et avec une belle armée en Pologne, l'Allemagne se trouvera cernée de tous les côtés.
Mais vraiment ce n'est pas là le côté inquiétant de la question allemande. C'est l'état réel de l'intérieur de cette grande