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Urkunden zur Geschichte des Suezkanals / von Georgi und Albert Dufour-Feronce
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Enfantin a M. de Bruck.

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Monsieur.

Paris, le 28 novembre 1853­

Vous vous êtes associé de cœur au grand projet, pour la réalisation duquel notre société d'études est fondée; permettez­moi donc de vous faire part des idées que la situation générale actuelle m'inspire, et qui se rattachent à ce projet.

En formant les trois groupes( allemand, français, anglais) de notre société d'études, nous avions constitué cette société conformément à la situation vraie de l'Europe à cette époque ( 1846), quant à la question de la communication des deux mers.

Nous ne nous dissimulions pas cependant qu'en approchant de son but, notre société devrait nécessairement s'entendre et admettre surtout une quatrième puissance européenne, plus intéressée réellement que toutes les autres à l'œuvre que nous nous proposions d'accomplir.

Le moment approche, la Russie devra, en effet, prendre une part active dans la résolution des grandes puissances euro­péennes, dont l'accord unanime est indispensable pour que la communication des deux mers puisse enfin s'effectuer.

Votre Excellence ne pense- t- elle pas, que c'est seulement à présent et par cette intervention de la Russie, que les hésita­tions, le mauvais vouloir de l'Angleterre à cet égard sera définitivement vaincu?

Les événements qui se passent en Orient cette année parais­sent tout- à- fait contraires à cette pensée; ils semblent éloigner plus que jamais la Russie d'un concert avec les autres puissances européennes, principalement sur une question, qui intéresse au plus haut point les relations de toute l'Europe avec l'Orient. Néanmoins, je crois que ce serait prendre l'apparence pour la réalité que d'interprêter ainsi la situation politique actuelle. Quelle est en effet cette situation?

L'Islamisme est occupé militairement, comme le Catholi­cisme. Tel est le sens vrai de l'apparition des armées russes sur le Danube, et des flottes anglaises et françaises à Con­stantinople.