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C'était une erreur de notre part de commencer par mêler à Suez les ingénieurs avant que l'affaire ne fût constituée financièrement. Le commencement de l'affaire devait être financier. Ce n'est que quand on aurait eu en main les soumissions pour cinq millions de Livres Sterling, qu'il fallait appeler les ingénieurs. Dans ce moment encore c'est l'affaire des négociants de trouver les fonds, mais c'est surtout ton affaire à toi personnellement, de trouver l'occasion de dire à l'Empereur Napoléon que lui, la Reine Victoria et l'Empereur François- Joseph, doivent attacher leur nom à cette œuvre de paix, qui doit former la conclusion de cette question d'Orient maudite, qui, depuis un demi- siècle, tient l'Europe en émoi.
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Ce Trio peut tout ce qu'il veut! Ils doivent vouloir Suez. Mais deux empereurs et une reine, qui en vaut un troisième, ne peuvent pas vouloir un mesquin canot avec transbordement qui serait une demi- mesure sans grande portée comme le chemin de fer. Il n'y a que le grand canal, permettant le passage des plus grands vaisseaux qui puisse répondre aux besoins du monde. A ce sujet je me réfère à ce que je vous ai écrit il y a plusieurs mois.
M. de Bruck est l'homme, qu'il faut chauffer. Il faut l'encourager à aller en avant en lui donnant confiance; que lui prépare la chose diplomatiquement, les fonds pour l'exécution ne manqueront pas. De Bruck est seulement« man of business»>, la lettre d'Enfantin était pour lui trop savante, trop théorique, trop prophétique. Il voit dans le canal le moyen d'agrandir Trieste et Venise, de procurer des débouchés aux produits de la Hongrie, qui deviennent si énormes depuis, que ce pays échappe à l'oppression aristocratique, qu'on ne sait, où trouver des marchés pour les placer. Il espère par le canal expédier de Fiume aux Indes la farine etc. qu'y expédient maintenant les Américains. Il voit dans le canal le complément de la libre navigation du Danube, que lui seul avec le jeune empereur a conquise en dépit de toute la Camarille de la vieille Autriche qui, ne suivant que ses souvenirs du Congrès de Vienne, de l'Empereur Alexandre et du Prince de Metternich, n'avait pas le courage, de secouer la honteuse chaîne de la Soulina.
On pourrait encore dire beaucoup de cette colossale affaire. A toi maintenant à faire une démarche hardie auprès de l'em