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Cette nouvelle leçon, que nous donnent les Anglais de leur manière de procéder en affaires, ne surprend aucun de nous; nous y étions habitués et nous devons nous montrer prêts, à nous garantir de ces procédés britanniques et même à en profiter.
Vous savez, combien nous avons attentivement examiné dans le temps, quand il conviendrait de voir intervenir la Russie dans cette affaire; j'aurais préféré qu'elle y intervint directement pour s'associer à nous, mais si notre collègue Stephenson n'a eu d'autre mérite que de l'y faire arriver par réaction contre lui et contre l'Angleterre, tâchons d'en profiter.
Si la Russie a fait une démonstration d'opposition, je crois légitime d'en conclure, que le moment est venu de faire arriver cette question dans le domaine de la diplomatie officielle. Nous pensions, avant 1848, qu'elle ne devait y arriver, qu'après être passée par le cabinet des banquiers; ce serait une erreur aujourd'hui et je me féliciterai de l'inconvenant procédé de Stephenson, s'il a pour résultat de nous éclairer sur ce point.
M. de Bruck n'a pas cru utile de répondre à votre lettre de Lyon; cela ne doit pas nous empêcher d'appeler son attention sur cette solution anglaise de la question égyptienne. M. de Bruck sait bien, que c'est une solution universelle et non anglaise qu'il faut, pour que l'Autriche y trouve la légitime satisfaction des intérêts, dont elle a confié la garde à notre honorable collègue, ministre du commerce. De son côté Negrelli a tout sujet d'être blessé d'un procédé, que sa loyauté autrichienne ne comprend pas, ce qui laisse l'Allemagne et la France en dehors de l'œuvre, que le génie européen accomplirait en Egypte par l'influence unique et exclusive d'ingénieurs anglais.
Il me semble donc, que vous et lui avez à prévenir M. de Bruck et à le prier d'intervenir pour que les intérêts de l'Autriche protestent aussi à Constantinople contre cet accaparement dissimulé de l'Egypte par l'Angleterre.
J'ai toujours espéré, moi qui suis aussi conservateur que novateur( et ce n'est pas peu dire) que l'affaire de Suez ne serait faite, que du consentement et sur l'ordre des puissances d'Orient, et non pas seulement par la volonté d'un peuple d'Occident, ou même de tous les peuples d'Occident; s'il en doit être ainsi, le Sultan et le Czar doivent évidemment s'entendre avec l'Empereur, tandis que le parlement anglais et la ré